Moïse Kouamé, 16 ans, 333 jours, et déjà le futur qui s’invite à Montpellier
Dans les entrailles de la Sud de France Arena, un murmure circulait lundi comme un petit vent de panique joyeuse. Un truc à mi-chemin entre l’admiration et l’incrédulité. « Et toi, tu faisais quoi à 16 ans ? » lançait un bénévole à un confrère dans un couloir. Bonne question. Sûrement pas en train d’enchaîner une douzième victoire de suite pour aller taper à la porte d’un tableau principal ATP. Moïse Kouamé, lui, est déjà ailleurs. Plus haut, plus vite, plus fort. Un junior qui voyage à la vitesse d’une comète.
Le Parisien, 552e mondial au matin du match, avait déjà livré un premier avertissement dimanche en renversant Elias Ymer 6-4, 4-6, 7-5. Lundi, il a remis ça, version trois sets sous haute tension, pour écarter Clément Chidekh 7-5, 6-7, 6-3, après 2h52 de lutte dans une ambiance de plus en plus dense autour du court Patrice-Dominguez. Résultat : à 16 ans et 333 jours, Kouamé devient le cinquième plus jeune joueur du XXIe siècle à sortir des qualifications d’un tournoi ATP. Seuls Gasquet, Christian Harrison, Rudolf Molleker et un certain Rafael Nadal avaient fait plus tôt. Le genre de liste où on ne voit pas souvent un enfant. Mais lui, il vient de s’y inviter.
😅 La non-célébration. Moïse Kouamé vient juste de se qualifier à 16 ans pour son premier tournoi ATP mais c’est juste une étape pour lui.
Il allait même oublier de saluer le public et rentrer directement prendre son bain froid. Il a pas le temps. 🤣pic.twitter.com/PxXREyk3jP
— Tennis Legend (@TennisLegende) February 2, 2026
Un gamin, deux titres ITF, douze victoires, et un caractère déjà forgé
Ce run n’est pas tombé du ciel. Avant Montpellier, Moïse avait déjà enchaîné deux titres ITF à Hazebrouck puis à Bressuire. Résultat : une confiance nouvelle, presque insolente à son âge. Pourtant, lundi, la route n’avait rien d’un tapis rouge. Après avoir laissé filer trois balles de match dans le tie-break du deuxième set, le gamin a craqué. Une raquette envoyée dans un panneau publicitaire, un avertissement, un silence gêné. Mais surtout un regard qui dit tout : l’erreur est là, nue, évidente, et il le sait.
Quelques minutes plus tard, match gagné, Kouamé est revenu vers les tribunes, sincère, presque fragile, pour s’excuser. Puis il a expliqué en conférence de presse, la première de sa jeune carrière, d’une voix étonnamment calme : « Ce n’est pas l’éducation que ma mère m’a donnée. Je me suis déçu, mais il fallait rebondir au troisième set pour montrer que je peux faire mieux. » C’est dans ces phrases que tout se lit. La maturité. La lucidité. Le sens déjà très clair des responsabilités.
Là où d’autres déraillent, lui accélère
Beaucoup de joueurs, même confirmés, se liquéfient après un coup de sang. Pas lui. Le troisième set, Moïse l’a attaqué comme si la tempête n’avait jamais existé. Déplacements de feu, défense incroyable, prise de balle tôt, coup droit qui gicle. Une présence. Une façon de rester dans la zone avec une aisance désarmante. À 16 ans, déjà.
Autour de lui, le soutien n’est pas mince. Sa mère veille, son agent observe, un préparateur physique et un sparring l’accompagnent, et en arrière-plan, un mentor discret porte son ombre familière : Richard Gasquet, conseiller spécial de la FFT, qui suit l’évolution du phénomène de très près. Montpellier marque la première apparition du jeune Français dans ce monde-là, celui des badges, des regards, des caméras, des questions. Rien ne semble le dépasser, juste l’amuser doucement.
« Je découvre, je regarde, j’analyse, racontait-il lundi. Pour l’instant, ce n’est que du kif et du bonus. » L’enthousiasme est réel, mais il cache aussi une ambition solide. « J’espère aller le plus loin possible », glissait-il avant d’aller remplir le questionnaire officiel ATP, celui qui le fera apparaître pour la première fois sur le site du circuit.
Un premier tableau, un vrai test, une nouvelle porte qui s’ouvre
Mercredi, Kouamé affronte Aleksandar Kovacevic, 83e mondial et finaliste malheureux l’an dernier à Montpellier. Le genre de test qui, normalement, fait trembler les jambes. Chez lui, on ne sait pas encore. On a l’impression qu’il aime trop ces défis pour reculer.
Peut-être qu’on se trompe. Peut-être qu’il va prendre une claque, comme tous les jeunes de son âge avant de repartir plus fort. Mais une chose est sûre : le gamin a quelque chose. Une énergie. Une manière de mordre dans chaque point. Une capacité rare à transformer les murs en marches.
À 16 ans, Moïse Kouamé avance déjà comme si le futur n’attendait que lui.


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