Pour le bien du football européen, la paix enfin signée
Il y a des jours où le football continental ressemble à un vieux couple qui se déchire depuis trop longtemps. Et puis il y a ces moments où, presque par surprise, tout le monde se rassoit à table, range la vaisselle cassée et décide qu’il est temps d’avancer. Ce mercredi, l’UEFA, le Real Madrid et l’EFC ont donc ramené un peu de calme dans un feuilleton qui avait enflammé l’Europe depuis 2021. Et ce n’est pas rien. Car derrière les grandes phrases et les communiqués bien huilés, c’est surtout l’ombre de la Super League qui s’écrase, lentement mais sûrement, sur la pelouse.
Le dernier résistant finit par lâcher prise
Il en fallait bien un pour tenir la barricade jusqu’au bout. Barcelone avait déjà capitulé il y a quelques jours et, cette fois, c’est le Real Madrid qui range les armes. Longtemps considéré comme le dernier bastion du projet, le club aux quinze Ligues des champions a finalement accepté de signer un accord de principe avec l’UEFA. Une phrase qui paraît banale, presque administrative, mais qui marque un tournant majeur dans l’histoire récente du football européen.
Pendant des mois, Florentino Perez et A22 Sports Management avaient maintenu le cap. Ils y croyaient encore. Ils avaient même décidé en octobre 2025 de réclamer plus de 4 milliards d’euros de dommages et intérêts à l’instance européenne, convaincus d’avoir été freinés abusivement dans leur volonté d’inventer une nouvelle compétition. La cour d’appel de Madrid leur avait donné un peu de grain à moudre, en pointant l’abus de position dominante de l’UEFA. Mais rien n’y a fait. Le rapport de force, lui, avait changé.
🚨 OFFICIAL: Real Madrid confirm agreement with UEFA as it’s OVER for the Super League.
“UEFA, the European Football Clubs (EFC), and Real Madrid C. F. reach an agreement for the good of European club football.
After months of discussions held in the interest of European… pic.twitter.com/mAXC99RN7w
— Fabrizio Romano (@FabrizioRomano) February 11, 2026
Une poignée de mains lourdement symbolique
Mercredi, devant les micros, les mots ont été soigneusement choisis. “Pour le bien du football européen”, dit le communiqué. Une formule à la fois solennelle et floue, comme si tout le monde voulait sceller la paix sans trop remuer les braises. On parle de “mois de discussions”, de “principes communs”, de “résolution des différends juridiques”. Traduction: chacun repart avec un peu de ce qu’il voulait, personne ne perd totalement la face, et surtout le football européen évite un schisme qui menaçait de l’embarquer dans une décennie de conflits.
L’accord ne règle pas tout, mais il ouvre une porte. Une fois les principes mis en œuvre, les procédures judiciaires devraient prendre fin. Et pour l’UEFA, qui s’apprête à tenir son Congrès à Bruxelles, c’est un moyen élégant de montrer que la maison est en ordre. Pour le Real, c’est une façon de tourner la page d’un projet qui n’a jamais trouvé son public, malgré une obstination quasi idéologique.
La Super League, une révolution ratée
Quand elle a été lancée par douze clubs en 2021, la Super League se voulait une rupture. Un changement d’ère. Un nouveau modèle économique censé sauver les géants du football mondial. Elle avait surtout déclenché un tsunami d’indignation. Supporters furieux, institutions vent debout, gouvernements conseillant aux dirigeants de revoir leur copie. Et après quelques jours de chaos, le château s’était effondré. Ne restait qu’un noyau dur, mené par Florentino Perez, persuadé qu’à long terme, l’idée finirait par s’imposer.
Finalement, le projet s’est éteint sans fracas, presque dans un murmure. Pas de grande annonce, pas de mea culpa. Juste des retraits successifs, des silences embarrassés, et aujourd’hui un accord qui ressemble à un acte de clôture.
Un football qui respire, mais des questions qui demeurent
Le football européen ne sort pas indemne de cet épisode. La fracture est là, bien visible. Les clubs veulent toujours plus de poids. L’UEFA cherche à garder son autorité. Les supporters réclament d’être écoutés. La Super League n’est plus vraiment une menace, mais elle restera comme un avertissement, un séisme avorté qui a fissuré la façade.
Pour l’heure, tout le monde souffle. Le Real et l’UEFA parlent d’un “accord pour le bien du football”. On veut les croire. Parce qu’au moins, pour une fois, le feuilleton se termine sans perdant humilié. Et dans un sport qui vit souvent de tensions, ce n’est pas si courant.


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