Une olympienne à contre-courant
Il y a des trajectoires rectilignes. Et puis il y a celles qui prennent des détours, des pauses, des silences. Celle de Deanna Stellato-Dudek appartient à la deuxième catégorie.
À 42 ans, la Canadienne est devenue à Milan la patineuse artistique la plus âgée à participer aux Jeux olympiques depuis près d’un siècle. Rien que ça. Dans un sport où les carrières se consument souvent avant 25 ans, elle est une anomalie. Une exception. Une résistance.
Dimanche, son long chemin l’a menée sur la glace olympique aux côtés de Maxime Deschamps. Un moment qu’elle a mis seize ans à reconstruire.
Seize ans loin de la glace, puis un retour improbable
Elle avait quitté le patinage pendant seize longues années. Seize ans. Une éternité dans ce milieu. Puis en 2016, elle est revenue. Presque à contre-sens de l’histoire.
Depuis, elle a tout reconstruit. Le corps, la confiance, la crédibilité. Jusqu’à décrocher un titre mondial en 2024 en couples avec Deschamps. Une renaissance complète.
« On nous sous-estime constamment », a-t-elle confié à Milan. « On nous dit toujours non. »
Ce « non », elle en a fait un carburant.

Une chute qui coûte cher
Le rêve olympique était là. Mais le sport ne distribue pas les scénarios parfaits.
Lors du programme court, le duo canadien a chuté sur la sortie d’un reverse lasso lift, un élément qui, d’ordinaire, leur rapporte gros. Un mouvement qu’ils maîtrisent. Un mouvement qui ne leur avait jamais posé problème à l’entraînement.
66,04 points. 14e place provisoire avant le programme libre. Pas l’entrée espérée dans la compétition.
La chute a surpris tout le monde, elle la première. Mais elle n’a pas brisé l’essentiel. Elle a parlé de fierté. De résilience. De tout ce qu’ils ont traversé pour arriver là.
Un corps qui a encaissé, une tête qui tient
Le contexte rend la performance encore plus forte.
Fin janvier, Stellato-Dudek s’est cogné la tête à l’entraînement. Doute. Incertitude. Forfait pour l’épreuve par équipes. Sa présence même à Milan était en suspens.
Elle est quand même là.
À 42 ans, après une longue pause, après une blessure récente, après une chute en plein programme olympique. Elle est là, debout, prête à repartir le lendemain.
Deschamps l’a résumé simplement. Demain est un nouveau jour.
Plus qu’un classement, un message
Peut-être qu’ils ne repartiront pas avec une médaille. Peut-être que le podium restera hors de portée.
Mais le symbole est ailleurs.
Stellato-Dudek parle aux femmes de 40 ans. Aux athlètes qu’on dit trop vieilles. Aux rêveurs qu’on renvoie à la réalité. À ceux à qui l’on répète que c’est trop tard.
Elle n’a pas offert une prestation parfaite. Elle a offert quelque chose de plus rare.
La preuve que le temps n’est pas toujours un adversaire. Parfois, il est un partenaire de route.
Photo by Kaname MUTO / The Yomiuri Shimbun via AFP
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