Un scénario qui sentait la fin, puis le miracle
Pendant une bonne partie de la soirée, Denver avait le visage fermé. Ce genre de silence lourd qui tombe sur une patinoire quand le favori commence à comprendre que la soirée peut lui échapper. L’Avalanche, pourtant patronne de la saison régulière, était menée 3-0 par le Wild du Minnesota. Trois buts encaissés en première période, un gardien remplacé, des jambes lourdes, des regards un peu perdus. Tout semblait écrit pour une prolongation de la série.
Puis Colorado a fait du Colorado.
Au Ball Arena, l’Avalanche a signé une remontée de grande équipe, de celles qui ne se racontent pas seulement avec une feuille de match. Victoire 4-3 en prolongation, qualification pour la finale de l’Association de l’Ouest, et un héros que personne n’aurait forcément choisi au moment de dessiner le scénario : Brett Kulak.
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Kulak, le héros inattendu au bout de la nuit
À 3:52 de la première prolongation, Martin Necas a contourné le filet avec cette patience des joueurs qui savent que la panique est souvent le meilleur allié de l’adversaire. Il a servi Kulak dans le cercle droit. Tir sur réception. Filet. Explosion.
Pas besoin d’un roman pour comprendre ce que ce but représentait. Kulak, défenseur de devoir, joueur d’ombre, venait d’envoyer l’Avalanche au tour suivant. Un de ces moments que les joueurs imaginent enfant, même ceux qui ne sont pas censés se retrouver sous la lumière.
Gabriel Landeskog l’a résumé à sa manière : Kulak n’est pas toujours celui qui attire les projecteurs, mais il est souvent celui qui rend la vie impossible en face. Ce soir-là, il a ajouté une ligne dorée à son histoire personnelle.
Le Wild avait pourtant frappé très fort
Minnesota n’a pas perdu ce match parce qu’il l’a mal commencé. Au contraire. Le Wild a sauté à la gorge de l’Avalanche dès les premières secondes. Marcus Johansson a ouvert le score après seulement 34 secondes, bien servi par Matt Boldy. Le ton était donné : agressivité, vitesse, efficacité.
Puis Nick Foligno a pris le relais. Deux buts en première période, un à 11:03, l’autre à 15:56, et le Minnesota menait 3-0 dans une salle qui ne comprenait plus très bien ce qu’elle regardait. À cet instant, le Wild avait tout : l’avance, l’énergie, la confiance, et un Jesper Wallstedt qui semblait prêt à tenir le choc.
Sauf qu’en séries, une avance de trois buts contre l’Avalanche n’est jamais vraiment une assurance-vie. C’est parfois juste une invitation au vertige.
Colorado a changé de visage
Mackenzie Blackwood, battu trois fois sur 13 tirs, a cédé sa place à Scott Wedgewood au début de la deuxième période. Ce changement a eu l’effet d’un interrupteur. Pas forcément parce que Wedgewood a dû multiplier les miracles, mais parce que Colorado avait besoin d’un électrochoc, d’un geste fort, d’un signal clair : la soirée n’était pas terminée.
Parker Kelly a d’abord rallumé la mèche à 11:00 en deuxième période, en déviant un tir de Brent Burns. Rien de spectaculaire dans l’esthétique, mais tout dans l’importance. Ce but a remis de l’air dans les poumons de l’Avalanche.
Puis Jack Drury a ramené Colorado à une longueur en troisième période, à 16:27, sur une déviation devant le filet après un tir de Devon Toews. À ce moment-là, le match avait changé de camp. Le Wild reculait. L’Avalanche avançait. Et la patinoire sentait déjà venir quelque chose.
MacKinnon, évidemment
Quand une équipe a Nathan MacKinnon, elle possède toujours une dernière cartouche. Même quand il reste moins de deux minutes. Même quand le gardien est sorti. Même quand tout le monde sait où le danger peut surgir.
À 18:37 du troisième tiers, MacKinnon a reçu la rondelle au cercle gauche. Un tir du poignet, côté rapproché, précis, violent, presque cruel. Wallstedt a reconnu après coup que celui-là faisait très mal. Il pensait être bien placé. Il pensait avoir lu l’action. Mais MacKinnon n’a pas besoin d’une erreur énorme pour punir. Il lui suffit d’un demi-espace, d’une fraction de seconde, d’un gardien un peu trop bas.
3-3. Prolongation. Denver respirait de nouveau.
Le Wild sort avec des regrets plein les bras
Pour Minnesota, cette défaite laissera une trace. Pas seulement parce qu’il y avait 3-0. Pas seulement parce que la qualification était à portée de main. Mais parce que le Wild a longtemps donné l’impression d’avoir trouvé la bonne formule pour faire trembler Colorado.
Nick Foligno a signé un doublé, Johansson a marqué, Boldy et Nico Sturm ont pesé dans la construction. Wallstedt a terminé avec 30 arrêts. Mais au bout, il reste cette sensation brutale : le Wild a ouvert la porte, puis l’Avalanche s’y est engouffrée avec la froideur des grandes équipes.
John Hynes l’a dit avec justesse : quand on court après un objectif pareil, la victoire offre une ivresse immense, la défaite laisse un vide. Minnesota a été compétitif, courageux, solide par moments. Mais Colorado a été plus constant sur l’ensemble de la série. Et dans ces matchs-là, la constance finit souvent par parler plus fort que les éclairs.
L’Avalanche regarde déjà plus loin
Colorado rejoint la finale de l’Ouest, où l’attendra soit Vegas, soit Anaheim. Les Golden Knights mènent leur série 3-2, et Kulak a déjà prévenu qu’il allait désormais suivre ça avec beaucoup plus d’attention.
Mais avant de penser à la suite, l’Avalanche peut savourer. Pas parce que tout a été parfait. Justement, rien ne l’a été. Bednar l’a reconnu : certains joueurs n’étaient pas dans leur meilleur soir, l’équipe a eu des moments de doute, presque de découragement. Mais c’est peut-être ça, la vraie force d’un groupe taillé pour le printemps.
Quand les jambes tremblent, quelqu’un pousse. Quand le match glisse, quelqu’un accroche. Quand la saison menace de basculer, quelqu’un trouve un tir, une déviation, une passe, un but.
Cette fois, il y a eu Kelly, Drury, MacKinnon, puis Kulak. Une remontée à plusieurs mains. Une victoire arrachée au bord du vide. Et une Avalanche qui continue sa route avec ce parfum très particulier des équipes qui refusent de mourir.
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