Il y a des annonces qui sonnent comme la fin d’une époque. Celle d’Alexis Pinturault en fait clairement partie. À 35 ans, le skieur de Courchevel a décidé que cette saison serait la dernière. Une décision réfléchie, presque évidente pour lui, mais qui laisse forcément un petit pincement au cœur dans le monde du ski.

Car Pinturault ne s’en va pas discrètement. Il quitte la scène avec un palmarès immense. Trente-quatre victoires en Coupe du monde, un gros globe de cristal remporté en 2021, cinq petits globes et 3 podiums aux JO. Une carrière pleine, intense, marquée par une quête permanente de performance. Presque parfaite, en réalité. Presque, parce qu’une ligne manque encore à son histoire.
Pinturault et le rêve
Cette ligne, c’est une victoire en descente. Pendant longtemps, Pinturault a voulu relever ce défi. Changer d’air, sortir de sa zone de confort, aller chercher ce succès dans la discipline reine du ski alpin. Une manière aussi de se relancer mentalement à un moment de sa carrière où la motivation avait besoin d’un nouveau carburant. « Gagner en descente était un objectif », explique-t-il. « C’était un moment de ma carrière où j’avais besoin de renouveau. »
Certaines pistes semblaient lui correspondre. La mythique Streif à Kitzbühel notamment. Une descente technique, glacée, où son ski précis aurait pu faire la différence. Mais le destin en a décidé autrement :

Sa meilleure performance restera une neuvième place à Wengen en janvier 2024. Un résultat encourageant, mais jamais suivi d’un vrai déclic.
Les blessures, tournant brutal
Le moment charnière arrive quelques jours plus tard. Une lourde chute en super-G à Wengen met fin à sa saison. Verdict, rupture du ligament croisé du genou gauche. Une blessure qui change tout.
Les images de la grosse chute d’Alexis Pinturault lors du Super-G de Wengen. Le Français est touché au genou gauche ainsi qu’au poignet et n’a pas perdu connaissance. #ChaletClub pic.twitter.com/Y5su5uq7Hd
— Eurosport France (@Eurosport_FR) January 12, 2024
Paradoxalement, Pinturault l’admet lui-même. « La descente est la discipline la plus dangereuse, mais ce n’est pas là que je me suis blessé le plus gravement. » C’est le super-G, discipline qu’il pratique depuis toujours, qui lui coûte le plus cher. Et pas qu’une fois. En 2025, une nouvelle chute provoque une fracture du plateau tibial. À très haute vitesse, le corps encaisse différemment. Et l’esprit aussi.
Revenir après ça demande plus qu’une préparation physique. Il faut retrouver la confiance. Accepter de replonger dans le risque.
La motivation qui s’effrite
Pendant un moment, un objectif continue pourtant de l’animer. Les Jeux olympiques de Jeux olympiques d’hiver de 2026. La dernière carotte, comme il le dit lui-même. La raison de se lever chaque matin pour s’entraîner. Mais au fil de la saison, la flamme diminue. Les gestes deviennent plus lourds, la motivation moins évidente. Et l’idée de repartir pour quatre années supplémentaires jusqu’aux Jeux de 2030 paraît soudain irréaliste.
« Se projeter sur quatre ans, c’est beaucoup trop loin. Je savais que je n’avais plus la motivation pour ça. »
Il y a aussi une autre volonté, plus simple. Choisir le moment de s’arrêter. Ne pas attendre que le corps impose la décision.
Une nouvelle vie qui s’ouvre
La suite ne sera pas totalement loin de la montagne. Pinturault l’imagine déjà. Moins de voyages, plus de temps pour la famille, et peut-être un rôle dans l’entreprise familiale à Courchevel, entre hôtels et restaurants. Une nouvelle aventure, différente, mais toujours ancrée dans son territoire.
Et puis, il y a ce lien avec le ski qu’il ne veut pas couper totalement. « Si je peux garder un petit pied dans le milieu du ski, ce serait un supplément d’âme », confie-t-il. D’ici là, il reste encore une dernière course. Une dernière descente vers la ligne d’arrivée. Une dernière occasion d’entendre la foule vibrer et de voir le tableau s’illuminer en vert. Une dernière fois, tout simplement. Rendez-vous à Hafjell du 20 au 26 mars pour vivre la dernière descente de la légende française
Crédit : Photo par JACQUES DEMARTHON / AFP



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