Lindsey Vonn, la chute qui aurait pu tout changer
Il y a des silences qui en disent long. Celui qui a précédé la première apparition de Lindsey Vonn depuis son crash olympique en fait partie. Une chambre d’hôtel encore impersonnelle, une voix qui vacille parfois, mais une lucidité glaciale. L’ancienne reine du ski alpin a révélé qu’elle avait frôlé l’amputation après sa terrible chute lors de la descente des Milan Cortina Olympics. Oui, amputation. Le genre de mot qui stoppe net la respiration, même chez les plus habitués aux récits de blessures sportives.
Treize secondes de course et une vie qui bascule
Treize secondes. C’est tout ce qu’il a fallu pour que la descente vire au cauchemar. Lancée comme on connaît la championne, agressive, tranchante, elle a accroché une porte, perdu le contrôle et été projetée hors du tracé. Résultat: une fracture complexe du tibia gauche, la jambe littéralement explosée par l’impact. Et derrière la blessure visible, un danger invisible. Un danger qui ne laisse pas de seconde chance.
Vonn souffrait d’un syndrome des loges, une urgence absolue où la pression interne d’un muscle monte si vite que les tissus meurent. Quelques minutes de trop et le sang cesse d’irriguer. Le membre peut être perdu. Rien d’exagéré, rien de romancé. C’est ce qui était en train de se produire.
Le geste qui sauve
Si la légende américaine est encore entière aujourd’hui, c’est en grande partie grâce au chirurgien orthopédiste de Team USA, Tom Hackett. Oui, celui qu’elle connaît depuis des années, celui qui l’a accompagnée à travers tant de réparations, tant de reconstructions. Dans une vidéo publiée sur Instagram, Vonn raconte presque avec humour noir qu’il lui a ouvert la jambe pour la sauver. Pas une métaphore. Une fasciotomie d’urgence, la seule façon de relâcher la pression avant qu’il ne soit trop tard.
L’état de la jambe de Linsdey Vonn 😮 #MilanoCortina2026 https://t.co/PFMgn6ZWzD pic.twitter.com/cOXdAfTFv5
— Eurosport France (@Eurosport_FR) February 20, 2026
Ironie cruelle du destin: Hackett ne se trouvait à Cortina que parce qu’il traitait encore les séquelles de l’entorse du genou de Vonn avant les Jeux. Sans cette blessure, il n’aurait pas été là. Sans lui, la suite aurait pu virer à la tragédie.
Cinq opérations, deux jambes meurtries, un moral debout
Air-evacuée vers un hôpital italien, opérée quatre fois en quelques jours, Vonn a ensuite été rapatriée aux États-Unis sur une civière pour passer sur le billard une cinquième fois. Aujourd’hui, elle est en fauteuil roulant, immobile, immobilisée. Son tibia gauche est en puzzle. Son pied droit? Cassé aussi. Le genre de combo qui ferait plier n’importe qui.
Mais Vonn n’est pas n’importe qui.
Elle parle déjà de rééducation, de progression, de se hisser sur des béquilles dans quelques semaines. Elle sait que la guérison complète prendra un an. Elle sait aussi qu’elle devra peut-être revenir au bloc pour retirer le métal qui tient sa jambe. Et régler définitivement cette histoire d’ACL.
Une championne qui ne regrette rien
À 41 ans, revenue de sa retraite, portée par un genou rafistolé et une volonté démesurée, Vonn voulait rallumer la flamme. Elle voulait jouer les trouble-fêtes, viser une deuxième médaille d’or en descente, elle qui avait déjà triomphé à Vancouver en 2010. Elle voulait repartir sans se demander ce qu’elle aurait pu faire de plus.
Pas de regrets, dit-elle. Même après cette chute, même après cette peur viscérale. Elle préfère aller jusqu’au bout plutôt que ne pas essayer. Elle l’a prouvé une carrière entière, avec 84 victoires en Coupe du monde. Une championne jusqu’au bout des nerfs, une femme qui refuse de laisser une chute écrire le dernier chapitre.
Aujourd’hui, ce chapitre se poursuit ailleurs. Mais il existe encore. Et c’est déjà une victoire.
Crédit photo : François-Xavier MARIT / AFP


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