Un but, un silence, puis la tempête
La nuit était lourde au Estádio da Luz, presque électrique, quand Vinicius Junior a ouvert le score pour le Real Madrid. Une frappe, un filet qui tremble, puis une célébration assumée devant les supporteurs du Benfica. Score 1-0, avantage madrilène, scénario classique d’un barrage de Ligue des champions. Sauf que mardi soir, à Lisbonne, le foot a très vite cédé la place à tout autre chose.
Quelques secondes après le but, un flottement a parcouru les tribunes, un bruit sourd venu du terrain. Le jeu s’est arrêté. Des regards se sont croisés, des bras se sont levés, et soudain la rencontre s’est figée pendant dix longues minutes. Vinicius assurait avoir été traité de singe par Gianluca Prestianni. Une accusation grave, frontale, qui a obligé l’arbitre français François Letexier à enclencher le protocole antiracisme de l’UEFA.
Le silence a englouti le stade. Les bancs se sont levés, la tension est montée, les échanges se sont durcis. Impossible alors de parler de football. L’onde de choc allait dépasser le rectangle vert.
— ‘ (@YrcQo) February 18, 2026
Un protocole, des incompréhensions, et une reprise sous tension
Tout est parti d’un carton jaune adressé à Vinicius pour avoir chambré le public. Rien d’inhabituel en Ligue des champions, surtout dans un contexte aussi chauffé. Mais en regagnant le rond central, le Brésilien affirme avoir entendu l’insulte. Et c’est là que la soirée a basculé.
« Les racistes sont avant tout des lâches », a écrit plus tard l’attaquant sur Instagram. Il accuse Prestianni de s’être caché derrière son maillot pour masquer ses mots. Un geste qui, dans l’esprit de Vinicius, ne laisse aucune place au doute.
Autour de lui, les Madrilènes ont vacillé. Aurélien Tchouaméni raconte même avoir envisagé de quitter la pelouse. « On voulait sortir. Vini nous a dit qu’on devait reprendre, alors on a repris », a-t-il confié, encore secoué.
Le protocole a donc été appliqué, mais difficile de dire qu’il a rassuré qui que ce soit. Vinicius, lui, l’a jugé « mal exécuté ». Les joueurs ont repris le match avec la sensation d’un chapitre non refermé.
L’UEFA entre dans l’arène
Le lendemain, l’instance européenne a communiqué. Un inspecteur spécialisé est chargé d’enquêter. Si les propos racistes sont avérés, Prestianni risque une suspension d’au moins dix matchs. Le dossier est donc brûlant, et le sera pendant plusieurs jours, peut-être des semaines.
Le jeune Argentin, lui, nie en bloc. « Je n’ai jamais adressé d’insultes racistes », a-t-il écrit sur Instagram. Il évoque un malentendu et déplore les menaces qu’il dit avoir reçues. L’affaire, déjà explosive, se complexifie.
Mbappé prend position, le football retient son souffle
En zone mixte, Kylian Mbappé n’a pas mâché ses mots. Pour lui, un tel comportement n’a tout simplement pas sa place dans la meilleure compétition européenne. « Il ne mérite plus d’avoir cette chance », lâche-t-il, froid, clair, assumé. Le capitaine des Bleus, coéquipier de Vinicius, appelle des sanctions exemplaires.
La portée symbolique est immense. Car ce n’est pas la première fois que Vinicius est visé. Loin de là.
Un joueur habitué à l’inacceptable
Valence, Madrid, divers stades d’Espagne… Les épisodes se répètent depuis des années. En 2023, des supporteurs de l’Atlético de Madrid ont été condamnés. En 2024, le Brésilien avouait, en larmes, en conférence de presse, qu’il avait « de moins en moins envie de jouer ».
Alors mardi soir, quand l’histoire semble se reproduire, la réaction est immédiate, instinctive, viscérale. Et elle dépasse le simple cadre du match.
La Ligue des champions devait livrer un duel intense. Elle a offert un rappel brutal. Celui qu’en 2026, un talent mondial raconte encore ce qu’aucun joueur ne devrait subir. Le football attend maintenant la suite. L’UEFA enquête, Prestianni nie, Vinicius accuse, et tout un sport retient sa respiration.
Parce qu’au-delà d’un Benfica Real Madrid, c’est la crédibilité d’un jeu qui se joue. Et cette fois, impossible de regarder ailleurs.
Crédit photo : PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP


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