Le premier accroc
C’était écrit dans le ciel du début de saison : les Bulls et les Spurs voguaient sur une lancée rare. Chacun 5-0 : parfaits, invaincus. Jusqu’à hier soir. Jusqu’aux Knicks pour Chicago, aux Suns pour San Antonio. Soudain, la perfection s’est fêlée. Premier revers pour deux éclaireurs du championnat.
Le genre de nuit où tout bascule, où l’enthousiasme se mêle à la stupeur, où l’équilibre fragile d’un bon départ se fissure brutalement.
Chicago Bulls : la glissade face aux Knicks
Sur le papier, les Bulls donnaient l’impression d’une machine bien huilée. 5 victoires, des rotations maîtrisées, un collectif capable d’imposer sa défense, de fermer l’espace à l’adversaire. Et pourtant, à New York, les Knicks avaient une faim plus élémentaire — un shoot après l’autre, un désir de rebond, un feu intérieur.
Jalen Brunson fait exister un engrenage : 31 points dont 19 dans le premier quart-temps. Il braque la nuit, déclenche le feu long. OG Anunoby, Karl-Anthony Towns participent à l’embrasement. Les Knicks sortent le grand art derrière l’arc : 20 paniers à trois points sur 42 tentés (47,6 %) — du jamais vu contre une défense qui affichait l’un des meilleurs pourcentages de résistance extérieure dans la ligue.
Josh Giddey, lui, respecte son programme : triple-double (23 pts, 12 rebonds, 12 passes), il tente de porter Chicago. Mais l’opposition lui en refuse la dimension supplémentaire. Le banc des Knicks lui répond, les arrières activent les chaînes, et la course des Bulls s’arrête à 5-1.
Le constat tombe : ce n’était pas un accident. Ce n’était pas une erreur isolée. C’était un rappel : une série gagneur ne tolère pas les nuits “creuses”, pas quand l’adversaire décide de vous détrôner le temps d’une soirée. Chicago reste solide, mais l’invincibilité s’est envolée.
San Antonio Spurs : le réveil des Suns
Pendant ce temps dans l’Ouest, San Antonio vivait le même rêve : cinq victoires, franchise-best start de 5–0 jamais atteint auparavant.
Victor Wembanyama poussait, inspirait, électrisait les ambitions, et le reste de l’équipe portait ce vent de renouveau.
Mais face à Phoenix, les épines sont rentrées. Le match bascule. Les Suns, précis, agressifs, font sauter le thermostat. Devin Booker allume la mèche, l’adresse clique, et l’irrésistible ascension des Spurs ralentit. Résultat final : 130-118 pour Phoenix.
Le problème ? Wembanyama n’a pas été lui-même. Numériquement, l’ombre de la domination habituelle s’est estompée. L’équipe qui avait trouvé son souffle assume qu’elle doit réajuster. Parce que la route reste longue, mais ce genre de revers rappelle que bâtir un état d’esprit se mérite à chaque possession.

Ce que ça révèle
Que peut-on retenir de cette double sacoche ? Quelques morceaux de vérité :
La perfection était fragile.Deux équipes démarraient haut, mais personne n’a de bouclier éternel. L’adversaire y croit, et parfois il suffira d’une nuit à 3-points allumés, d’un retours de banc bien dosé ou d’un attaquant en fusion pour tout faire vaciller.
La limite entre le mythe naissant et le retour à la réalité Pour les Spurs, le 5-0 avait valeur d’histoire, un record interne, un souffle nouveau après des saisons difficiles. Pour les Bulls, le démarrage sans accroc sonnait comme une promesse. Mais maintenant, il faut assumer la chasse, pas seulement la fuite en avant.
La réponse au revers sera la vraie mesure. Ce qui compte ce soir, ce n’est plus seulement de garder un bilan incontesté; c’est de rebondir. Comment chacun va s’adapter après ce coup d’arrêt ? Qui saura corriger, remotiver, repenser les automatismes sous pression ?
Et maintenant ?
Les Bulls rentrent dans le rang des équipes “normales”, mais pas dans la défaite destructrice. Ils restent intact au classement, crédibles. Reste à transformer ce coup d’arrêt en nouvelle poussée.
Les Spurs, eux, doivent digérer une première défaite au goût amer, sans renier les fondations qu’ils bâtissent autour de Wembanyama et d’une jeunesse ambitieuse.
Dans un calendrier NBA où l’usure mentale et la constance sont peut-être plus difficiles à gagner que les paniers, ces deux franchises apprennent ce que chaque champion finit par découvrir : l’invincibilité n’est pas un état, c’est une épreuve quotidienne.
La saison continue. Le spectacle aussi. Et la vraie histoire démarre après la chute.


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