Steve Kerr savoure l’ascension irrésistible de Moses Moody
Il y a des soirs où la lumière tombe naturellement sur les évidences. Dans la victoire pleine de maîtrise des Golden State Warriors contre les Denver Nuggets, ce n’est pas forcément le score ou la tactique qui ont marqué les esprits, mais bien l’épanouissement d’un joueur qui, lentement mais sûrement, prend une dimension nouvelle. Moses Moody, 23 ans, a signé une partition majuscule. Et surtout, il a offert à son coach, Steve Kerr, une confirmation éclatante de tout ce qu’il voit depuis plusieurs semaines.
Un début d’année en turbo
Ce n’était pas juste une performance. C’était un manifeste. Avec 23 points, 7 rebonds et 5 passes, Moody a été le Warrior le plus tranchant, le plus impactant, le plus… régulier, comme insiste son coach. Car depuis un mois et demi, l’ancien Razorback affiche un niveau de constance que peu avaient vu venir à un tel degré.
« Moses est brillant depuis six semaines », a soufflé Kerr, presque amusé de constater que tout le monde semble s’en rendre compte en même temps. « Vous savez, il met ses tirs avec une réussite incroyable. Il y a une vraie confiance, et il est peut-être notre joueur le plus régulier. Il défend fort, notamment sur porteur, et il fait partie des meilleurs en pick-and-roll. Et c’est un super coéquipier. »
À Golden State, on connaît les saisons montagne russe, les rotations instables, les absences qui se multiplient. Et cette année n’a pas fait exception. La blessure grave de Jimmy Butler, les remous de la trade deadline, puis le passage de Stephen Curry à l’infirmerie ont ouvert des brèches. Moody, souvent troisième ou quatrième option sur l’aile, s’y est engouffré avec sérieux et voracité.
L’ascension d’un joueur qui s’affirme
« Je pense qu’il est plus rapide et plus costaud », poursuit Kerr, qui observe son joueur comme un botaniste face à une pousse qu’il a longtemps protégée. « Il y a eu cette action sur la ligne de fond, où il déborde puis dunk. On sent qu’il a gagné en épaisseur. C’est la progression naturelle d’un jeune joueur, au bout de trois ou quatre ans : devenir un peu plus fort, un peu plus explosif. Aujourd’hui, il passe ses adversaires avec une facilité qu’il n’avait pas. »
Ce n’est pas juste une histoire de muscles ou d’accélération. Chez Moody, l’évolution est mentale. Son jeu s’est épuré, simplifié, affiné. Il coupe moins pour rien, force moins les situations mi-figues mi-raison, choisit mieux ses spots. Il joue juste.
« Je sais ce que je fais bien, et le joueur que je serai la saison prochaine ne sera peut-être pas celui que je suis aujourd’hui », glisse l’arrière, lucide sur la nature mouvante d’une carrière NBA. « Il faut tirer le meilleur de sa situation. J’ai demandé au coach, avec l’absence de Steph : est-ce que mon rôle change ? Il m’a répondu que l’une des choses qu’il préfère chez moi, c’est mon calme. Ma solidité. »
Le luxe de la simplicité
Il y a chez Moody une maturité qui détonne pour son âge. Pas de grandes déclarations, pas de revendications sur les minutes. Juste un joueur qui comprend que la NBA récompense ceux qui savent rester dans leur couloir tout en accélérant au bon moment. « J’ai été solide pendant longtemps, et c’est sympa que quelqu’un d’autre le dise », sourit-il, quand on lui parle des compliments insistants de Kerr.
Surtout, il connaît maintenant la tentation de vouloir trop en faire. « Dans un match, parfois tu t’emballes, tu veux prendre le contrôle. Il faut se calmer et se rappeler : joue ton rôle. Quand beaucoup de gars font ça, c’est comme ça qu’une équipe gagne. »
Golden State n’a peut-être pas résolu tous ses maux. Mais ce qui semblait être une période grise révèle un bénéfice inattendu : la confirmation qu’un jeune joueur, discret mais précieux, est en train de se transformer en pilier. Et Steve Kerr, comme tout bon conteur, sait reconnaître les prémices d’une belle histoire. Moses Moody en écrit les premiers chapitres.


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