ANAHEIM, Calif. Où la glace tremble et l’histoire bascule
Ça ressemble à un scénario cousu pour Hollywood, mais ça s’est joué dans le frisson humide d’une patinoire du sud de la Californie. Dans la nuit d’Anaheim, un homme au regard ferme et à la moustache immuable a réécrit une page entière du hockey moderne. Joel Quenneville vient de décrocher sa 1000e victoire derrière un banc NHL, et la manière en dit long sur le personnage. Tout chez lui respire la ténacité, la résilience, le refus de plier. Son équipe aussi.
Face aux Anaheim Ducks, les Edmonton Oilers ont longtemps cru gâcher la fête. Deux fois, ils ont mené de deux buts. Une autre fois, ils ont repris l’avantage dans le dernier tiers. Et deux fois, les Ducks ont haussé le ton, gratté, cogné, refusé le storytelling facile du coach vétéran qui trébuche juste avant la ligne d’arrivée. Ici, rien n’est venu gratuitement. Pas même l’exploit.
Alors, quand Cutter Gauthier a planté le but gagnant à 1 min 14 de la fin, le Honda Center s’est soulevé comme si l’air lui brûlait les tripes. Et derrière le banc, Quenneville a laissé percer un sourire discret. Pas un sourire de superstar. Un sourire de mec qui sait ce que ça coûte d’en arriver là.
L’homme aux cicatrices et aux bagues
Ce succès n’arrive pas sorti d’un roman sans ombre. Les quatre années d’absence du coach ont laissé des traces. Son départ forcé des Florida Panthers en 2021, conséquence de son inaction dans le scandale des Chicago Blackhawks, aurait pu le reléguer définitivement dans les bas-fonds de la mémoire sportive. Mais la NHL a levé sa suspension en 2024, et Anaheim lui a offert une seconde chance. Il l’a prise comme un homme qui n’a plus rien à perdre mais encore quelque chose à prouver.
La franchise sortait d’un désert de sept saisons sans playoffs. Aujourd’hui, elle s’invite dans la bataille de l’Ouest, portée par une discipline retrouvée, une structure retrouvée, une identité retrouvée. Qui d’autre qu’un coach qui a tout vécu pour relancer une équipe qui ne savait plus comment gagner?
Quenneville, c’est 26 saisons derrière un banc, trois Coupes Stanley soulevées avec Chicago, et une trace indélébile dans l’ADN du hockey. Il a dirigé son premier match en 1996 avec les St. Louis Blues, il a gagné son premier titre d’assistant avec les Colorado Avalanche, et il a traversé les époques comme on traverse un blizzard: tête baissée, épaules solides, moustache en étendard.
Un banc, une photo, et une marque éternelle
À la fin du match, il a tapé dans la main de chacun de ses joueurs, un par un, comme pour leur dire merci d’avoir mis du cœur à l’ouvrage. Puis il est descendu sur la glace pour immortaliser l’instant. Pas pour la postérité. Pour l’équipe. Pour ce groupe qui a décidé que l’histoire de son coach valait mieux qu’un énième revers cruel.
Quenneville rejoint maintenant Scotty Bowman, seul autre homme à avoir dépassé ce cap vertigineux. Bowman reste hors de portée avec ses 1 244 victoires, mais le chiffre n’est pas la morale du conte. Ce qui compte, c’est le parcours. Les strates de succès, d’échecs, de reconstructions. Les traces de lames sur la glace, et parfois dans la vie.
Ce soir-là, Anaheim n’a pas seulement gagné 6-5. Anaheim a choisi une direction. Et Quenneville, à 67 ans, a rappelé que les grandes histoires ne demandent pas toujours des débuts parfaits, mais exigent des fins qui claquent.
Sa 1000e victoire? Une épopée. Un retour d’homme. Une preuve que le hockey, parfois, sait offrir des secondes chances. Et que certaines valent presque autant qu’une Coupe.


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