Le SRY, ce gène qui va bouleverser le tennis féminin
Un test salivaire. C’est tout ce qu’il faudra désormais pour jouer sur le circuit WTA. Un simple prélèvement buccal, ou une prise de sang si nécessaire, pour vérifier la présence d’un gène. Un seul. Le SRY. Celui qui, chez la plupart des mammifères, enclenche la différenciation sexuelle masculine.
Depuis le 1er juillet, c’est la loi du tennis féminin professionnel.
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Une bombe qui couvait depuis des mois
L’info a fuité dimanche via le site américain Bounces, avant que la WTA ne l’officialise noir sur blanc sur son propre site. Fini les dosages de testostérone, place au dépistage génétique pur et dur. Toute joueuse voulant fouler les courts du circuit devra prouver, une bonne fois pour toutes, qu’elle ne porte pas ce gène.
Et ce n’est pas un hasard de calendrier. Trois mois plus tôt, le 26 mars, le CIO avait dégainé le même genre de mesure pour Los Angeles 2028. Un boomerang, en réalité : ces tests chromosomiques, le mouvement olympique les pratiquait déjà entre 1968 et 1996, avant de les abandonner sous la pression scientifique. Presque trente ans plus tard, les revoilà.
Ce que dit vraiment le texte
La WTA prend soin de border son discours. Noir sur blanc, l’instance jure que cette politique ne vise ni à « manquer de respect à l’identité de genre », ni à remettre en question la dignité de qui que ce soit. L’objectif affiché, c’est l’équité sportive, point final.
Concrètement, si le test revient négatif, la joueuse continue de jouer, sans autre question. Si le SRY est détecté en revanche, la porte se ferme temporairement, le temps d’une évaluation médicale poussée. Il existe une échappatoire : une joueuse pourra démontrer qu’elle souffre d’un syndrome d’insensibilité complète aux androgènes, ou d’un trouble similaire du développement sexuel, preuve qu’elle n’a jamais connu les effets de la puberté masculine.
Chaque joueuse, mineure comprise, ne passera ce test qu’une seule fois dans sa carrière. La WTA en assume les frais, et promet la confidentialité totale des résultats. La campagne démarre en août, probablement à Washington ou Toronto, avec une deadline claire : tout doit être bouclé avant les JO de Los Angeles.
Reste une zone grise de taille. Les Grands Chelems, eux, dépendent de World Tennis et non de la WTA. Personne, à ce stade, ne sait s’ils suivront le mouvement. Roland-Garros n’a toujours pas répondu aux sollicitations.
Un précédent qui hante encore le tennis
Le tennis a déjà flirté avec ce genre de zone trouble. Dans les années 70, l’Américaine Renée Richards avait rejoint le circuit féminin par décision de justice, allant jusqu’en finale du double à l’US Open 77. Plus tard, l’Allemande Sarah Gronert, née avec une intersexuation, avait dû passer par une opération puis des tests avant de percer, jusqu’à la 164e place mondiale.
Sans surprise, c’est Martina Navratilova qui a jeté le pavé le plus lourd dans la mare. Face aux accusations de transphobie qui pleuvaient sur les réseaux, la légende aux 18 titres du Grand Chelem n’a pas mâché ses mots sur X. Elle s’est dite « très heureuse » de voir la WTA affirmer que seules les femmes biologiques peuvent concourir au sommet du tennis féminin.
Et elle a enfoncé le clou : un prélèvement buccal n’a rien de transphobe, elle-même l’a subi dans les années 70 et 80 comme toutes ses consœurs de l’époque. Sa conclusion tombe sans filtre : « Il n’y a aucune raison d’avoir des corps masculins dans le sport féminin. »
Du côté canadien, Valérie Tétréault, directrice du tournoi de Montréal, tient un discours plus nuancé. Elle reconnaît un débat qui « fait couler pas mal d’encre », où rien n’est « tout blanc ou tout noir ». Trouver l’équilibre entre accessibilité et équité, dit-elle, reste un exercice à la ligne mouvante.
Sabalenka, elle, avait déjà donné le ton en décembre dernier face à Piers Morgan, jugeant « pas juste » que des femmes affrontent des athlètes biologiquement plus forts.
Un test salivaire, donc. Mais derrière, tout un sport qui redéfinit ses frontières.
dans ta poche.
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