- 1 Ohtani ne joue plus au baseball, il réécrit les règles du jeu
- 2 Une performance rarissime depuis plus d’un siècle
- 3 Six manches de contrôle total
- 4 Un ERA qui commence à donner le vertige
- 5 Et pendant ce temps-là, il frappe aussi
- 6 La fatigue existe, mais elle ne l’arrête pas
- 7 Les Dodgers profitent d’un privilège historique
- 8 Le baseball continue de courir derrière lui
Ohtani ne joue plus au baseball, il réécrit les règles du jeu
À ce stade, il devient presque injuste de chercher des comparaisons. Shohei Ohtani n’entre pas vraiment dans les cases. Il les traverse, les casse, puis en invente d’autres. Mercredi soir à Phoenix, face aux Diamondbacks, la superstar des Dodgers a encore livré une performance qui oblige tout le monde à retourner dans les archives.
Six manches sans point accordé. Deux petits coups sûrs concédés. Six retraits sur prises. Une moyenne de points mérités abaissée à 0,74. Et comme si dominer depuis le monticule ne suffisait pas, Ohtani a aussi atteint les buts cinq fois, avec trois simples et deux buts sur balles, dans la victoire 7-0 de Los Angeles au Chase Field.
Un match complet, monstrueux, presque absurde. Le genre de soirée où même les coéquipiers ne cherchent plus vraiment à rester mesurés.
Will Smith a lâché la phrase qui résume l’époque : “C’est le meilleur joueur qui ait jamais foulé cette terre.”
Difficile de lui demander de se calmer après ça.
Une performance rarissime depuis plus d’un siècle
Depuis 1900, seuls quatre joueurs ont réussi à lancer au moins six manches sans accorder de point tout en atteignant les bases au moins cinq fois dans le même match. Les autres noms appartiennent à un autre temps : Mel Stottlemyre en 1964, Mel Parnell en 1951, Hod Eller en 1920.
Mais Ohtani est différent jusque dans la manière dont il rejoint cette liste. Les trois autres avaient lancé un match complet. Lui non. Et c’est là que son époque change tout.
Avec la “règle Ohtani”, mise en place en 2022, un joueur à double usage peut quitter le monticule et rester dans l’alignement comme frappeur désigné. Avant ça, pour atteindre les bases cinq fois après avoir lancé, il fallait quasiment aller au bout du match. Ohtani, lui, évolue dans un baseball qui s’est adapté à son existence.
Ce n’est pas juste un joueur qui profite d’une règle. C’est un joueur qui a forcé le sport à créer une règle pour suivre son talent.
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Six manches de contrôle total
Sur le monticule, Ohtani a commencé la soirée comme un homme pressé de rappeler que sa saison de lanceur est en train de devenir quelque chose de très sérieux. Les onze premiers frappeurs des D-backs sont repartis sans coup sûr. En ajoutant sa sortie précédente, cela portait sa série à 34 frappeurs consécutifs sans hit accordé.
Gabriel Moreno a fini par briser la séquence en quatrième manche avec un double le long de la ligne du champ droit. Première vraie alerte. Pas une fissure.
Arizona a tenté de construire quelque chose, puis encore en sixième manche avec deux coureurs sur les bases. Rien. Ohtani a refermé les portes, calmé les velléités, et laissé les D-backs avec cette sensation désagréable : il y avait peut-être une chance, mais jamais vraiment une ouverture.
Son bilan du soir est chirurgical : six manches, aucun point, deux coups sûrs, un but sur balles, six strikeouts.
Un ERA qui commence à donner le vertige
Après dix départs cette saison, Ohtani affiche désormais une moyenne de points mérités de 0,74. À ce niveau-là, on ne parle plus seulement d’un excellent début d’année. On parle d’un territoire historique.
Depuis que le point mérité est devenu une statistique officielle en 1913, seuls deux lanceurs partants ont affiché une MPM plus basse après leurs dix premiers départs d’une saison : Jacob deGrom en 2021 avec 0,56 et Juan Marichal en 1966 avec 0,59.
Être cité dans cette phrase, c’est déjà énorme. Le faire tout en étant aussi un frappeur majeur de l’alignement, c’est complètement autre chose.
Ohtani ne se contente pas de rejoindre les meilleurs lanceurs du moment. Il le fait en portant aussi une charge offensive que personne d’autre à ce niveau ne peut porter.
Et pendant ce temps-là, il frappe aussi
La beauté folle de cette soirée, c’est qu’Ohtani n’a pas seulement brillé entre deux demi-manches offensives. Il a été partout.
Trois simples, deux buts sur balles, cinq passages sur base. Sa moyenne au bâton est repassée au-dessus de .300 pour la première fois depuis l’ouverture de la saison. Quatre de ses cinq présences sur les coussins sont même arrivées alors qu’il était encore le lanceur du match.
Autrement dit, il n’a pas seulement dû gérer les frappes adverses. Il a aussi couru, attendu sur base, relancé l’attaque, puis est retourné au monticule avec la responsabilité de garder le match sous contrôle.
Shohei Ohtani (the pitcher): 2 hits, 1 walk
Shohei Ohtani (the hitter): 3 hits, 2 walks pic.twitter.com/WgeVA3BD5y— MLB (@MLB) June 4, 2026
C’est là que le spectacle devient presque irréel. Un lanceur dominant cherche souvent à économiser son énergie. Ohtani, lui, passe sa soirée à produire dans tous les sens.
La fatigue existe, mais elle ne l’arrête pas
Après la rencontre, Ohtani a reconnu qu’il avait eu chaud sur le monticule et beaucoup couru sur les bases. Rien d’étonnant. Ce genre de performance demande une charge physique que personne d’autre ne connaît vraiment en MLB.
Mais il a aussi glissé une idée simple : plus l’attaque marque, plus cela l’aide comme lanceur. En clair, atteindre les bases et participer au score ne représente pas seulement une fatigue supplémentaire. C’est aussi une manière de se donner de l’air, de lancer avec une avance, de forcer l’adversaire à jouer sous pression.
C’est toute la complexité du phénomène Ohtani. Ce qui devrait l’épuiser l’aide aussi à dominer.
Les Dodgers profitent d’un privilège historique
Los Angeles a remporté le match 7-0 et s’assure au minimum un partage dans cette série de quatre rencontres contre Arizona. Mais au-delà du résultat, les Dodgers vivent quelque chose de rare : ils ont dans leur effectif un joueur capable d’offrir une soirée de Cy Young et une soirée de All-Star hitter dans le même match.
Will Smith le voit tous les jours, et sa phrase n’a rien d’un emballement isolé. Quand un receveur regarde un joueur donner six manches sans point puis atteindre les bases cinq fois, il n’a plus vraiment besoin de chercher un vocabulaire technique. Il dit simplement ce que tout le monde pense.
Ohtani appartient à une catégorie à part.
Le baseball continue de courir derrière lui
Les grands joueurs dominent leur époque. Les très grands la modifient. Ohtani, lui, donne parfois l’impression de jouer dans une version du baseball que les autres découvrent au fur et à mesure.
Il lance comme un ace. Il frappe comme une star. Il oblige les livres d’histoire à ressortir des noms vieux de plusieurs générations. Il transforme chaque match en laboratoire, chaque statistique en casse-tête, chaque comparaison en discussion impossible.
Mercredi soir, à Phoenix, il n’a pas simplement gagné un match.
Il a rappelé que le baseball moderne porte désormais son empreinte.
Et tant qu’il continue à faire ça, les superlatifs auront toujours un temps de retard.
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