Shohei Ohtani : le cyborg qui a cassé le baseball 
Faut se pincer, se frotter les yeux et recompter les zéros pour y croire. Un contrat purement et simplement délirant de 700 millions de dollars signé chez les Dodgers de Los Angeles, des statistiques hallucinantes qui font crasher les supercalculateurs des bookmakers, et une aura marketing qui explose largement les frontières du losange de terre battue. Shohei Ohtani n’a plus grand-chose à voir avec un simple joueur de baseball, c’est une véritable anomalie biomécanique tombée du ciel.
Dans une discipline où l’ultra-spécialisation règne en maître absolu depuis des lustres, l’ouragan Ohtani a froidement décidé de rafler la mise sur tous les tableaux. Mais possède-t-il vraiment l’envergure titanesque pour s’asseoir seul sur le trône de l’histoire et renvoyer le lourd fantôme de Babe Ruth aux oubliettes ? Décryptage d’un OVNI absolu qui a littéralement forcé les hautes instances de la ligue à froisser et réécrire leur propre livre de lois.
Frapper et lancer : l’impossible grand écart 
Pour capter l’authentique ampleur de ce miracle sportif, il faut d’abord piger la violence et l’exigence monstrueuse de la Major League Baseball. En règle générale, le système vous ordonne de choisir votre camp dès la sortie du lycée. Soit vous grimpez sur le monticule de terre pour balancer des missiles téléguidés à 100 miles à l’heure, soit vous agrippez la batte en bois pour tenter d’expédier ces mêmes balles tout en haut des gradins.
Dompter un seul de ces deux arts au niveau professionnel relève déjà de l’exploit rarissime. Ohtani, lui, s’en moque. Il martyrise les meilleurs frappeurs du globe le mardi soir avec des lancers indéchiffrables, avant de claquer des home runs stratosphériques dès le mercredi face aux lanceurs les plus vicieux du circuit. Pire encore, il vole des bases à une vitesse folle. Un cocktail athlétique terrifiant qui pulvérise tout bonnement la logique anatomique et rend dingue n’importe quel préparateur physique moderne.
C’est quoi exactement cette fameuse « Ohtani Rule » ? 
Quand l’envergure d’un seul athlète devient trop massive pour le jeu lui-même, on s’incline et on change les règles. Avant la saison 2022, la constitution sacro-sainte de la MLB se montrait inflexible : si un lanceur faisait également partie de l’alignement offensif (pour aller frapper) et qu’il se faisait remplacer sur le monticule à cause de la fatigue, sa journée de travail s’arrêtait net. Terminé l’attaque, retour sous la douche. Sauf qu’avec un talent offensif aussi démentiel que celui d’Ohtani, cette contrainte archaïque privait les fans, les télévisions et les parieurs d’un spectacle inestimable.
Les grands patrons de la ligue ont donc ravalé leur fierté pour pondre sur mesure la « Ohtani Rule ». Depuis cette date, un lanceur partant qui figure aussi sur la feuille de match comme frappeur désigné (DH) conserve le droit de rester à la batte, même après avoir lâché son gant de piccheur. Tordre un siècle de tradition pour optimiser le temps de présence d’un seul et unique bonhomme, c’est du jamais-vu.
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Le débat du GOAT : pourquoi Babe Ruth peut trembler 
Forcément, les puristes au poil gris s’empressent d’agiter la carte nostalgique de Babe Ruth. Oui, le mythique « Bambino » des Yankees excellait lui aussi dans ces deux secteurs diamétralement opposés au début des années 1920. Sauf que l’immense différence se cache dans la rudesse du contexte concurrentiel. Ruth empilait les records à une époque lointaine où le bassin de talents s’avérait extrêmement restreint, sans joueurs afro-américains ni stars latinos, face à des adversaires bedonnants qui maîtrisaient péniblement deux ou trois types de lancers différents.
De son côté, Ohtani accomplit ses dingueries quotidiennes à l’ère implacable de la data, de la sur-analyse vidéo et des releveurs sur-protéinés balançant des balles aux trajectoires impossibles. Produire des saisons entières dans le costume de « two-way player » au sein du baseball hyper-pointu, clinique et ravageur d’aujourd’hui constitue un accomplissement factuellement très supérieur à tout ce qu’a pu réaliser la légende new-yorkaise.
L’usure du corps : le seul adversaire capable de le faire chuter 
La couronne du meilleur joueur de tous les temps ne tient cependant qu’à un fil très fragile, ou plutôt à un simple ligament coudé. L’articulation droite d’Ohtani a déjà fait connaissance avec le bistouri des chirurgiens à deux reprises (la fameuse et très redoutée opération Tommy John, cauchemar des lanceurs). La violence biomécanique inouïe qu’il inflige à la structure de ses bras en cumulant les deux postes le place sur une corde raide permanente.
D’ailleurs, son récent transfert hollywoodien chez les Dodgers inclut des clauses financières totalement ahurissantes : la quasi-totalité de son salaire pharaonique se verra différée et payée des années après la fin de son contrat. Une astuce comptable qui prouve que la franchise californienne a parfaitement anticipé et accepté le risque clinique d’un éventuel effondrement physique. S’il parvient malgré tout à rester en un seul morceau et à prolonger ce rendement schizophrénique jusqu’à la quarantaine, les sceptiques devront se taire. Le grand débat du GOAT sera plié. Définitivement.
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