Un décret présidentiel de Lula entré en vigueur immédiatement
Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a interdit vendredi les sites de paris sportifs en ligne, à neuf jours d’une élection présidentielle très disputée où il brigue un quatrième mandat à 80 ans. Il a signé des décrets d’interdiction qui prennent effet immédiatement, mais qui devront ensuite être approuvés par le Parlement dans un délai de 120 jours pour devenir une loi à titre définitif.
Selon le ministre de l’Économie Dario Durigan, « à partir du 6 octobre, il n’y aura plus de site, plus d’application et plus de sponsoring légal des paris sportifs dans le pays ». Les nouveaux dépôts sur les comptes de paris sont déjà interdits, et les utilisateurs disposent jusqu’au 5 octobre pour retirer leurs fonds.
« Soit on enlève la tumeur, soit la tumeur nous tuera »
Ces plateformes, connues au Brésil sous le nom de « bets », ont explosé ces dernières années dans le pays. Pour le gouvernement, elles sont à l’origine d’un problème de santé publique en raison de la dépendance qu’elles peuvent provoquer, et l’une des sources de l’endettement record des familles : huit foyers brésiliens sur dix font face à une forme d’endettement, selon la Confédération nationale du commerce, et les paris ont absorbé 62,5 milliards de réais (plus de 10 milliards d’euros) de revenus des ménages en 2025.
Lula compare le phénomène au « crack » et au « cancer ». « Soit on enlève la tumeur, soit la tumeur nous tuera », a-t-il lancé lors d’une cérémonie à Sao Paulo. Un sondage Atlas/Bloomberg publié mercredi indique que trois quarts des Brésiliens sont favorables à l’interdiction totale des paris en ligne.
Neymar, Vinicius et les clubs de foot en première ligne
Dans ce pays fou de foot, 13 des 20 clubs de première division ont un site de paris comme sponsor principal sur leur maillot. Neymar et Vinicius Junior sont les visages les plus connus au Brésil de la publicité pour les « bets ». Plusieurs clubs, dont Flamengo, le champion en titre, ont dénoncé l’interdiction, jugeant ce sponsoring essentiel à leurs finances.
Autorisées au Brésil en 2018 sous la présidence de Michel Temer, les « bets » avaient été régulées fin 2023 par le gouvernement Lula, qui leur avait imposé taxes et règles pour opérer légalement. Outre les paris sportifs, elles proposent des jeux de casino comme la roulette ou des machines à sous comme le Fortune Tiger, alias « Tigrinho ».
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Une mesure jugée « électorale » par l’opposition
Lula affrontera au premier tour du 4 octobre le sénateur Flávio Bolsonaro, 45 ans, fils de l’ex-président d’extrême droite Jair Bolsonaro. Les sondages les donnent au coude à coude. « Lula est désespéré. Il n’a rien fait en quatre ans et, à la veille de l’élection, il veut essayer de faire croire que ce n’est pas lui qui a approuvé et régulé les casinos en ligne », a fustigé Bolsonaro vendredi. Il dit rejeter l’interdiction des paris sportifs, qu’il distingue des casinos en ligne car soumis selon lui à « une certaine forme de contrôle ».
Plusieurs associations liées au secteur estiment que l’interdiction ne pourra « protéger la société », les parieurs risquant selon elles de « migrer » vers des sites clandestins, sans aucune régulation.
Crédit photo : NELSON ALMEIDA / AFP
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