Le naufrage total de Daniil Medvedev à Monte-Carlo
Le Rocher aime les histoires fortes. Il aime aussi les chutes brutales, les contrastes, les claques qui résonnent dans les travées. Ce mercredi, le court Rainier III a assisté à l’une de ces scènes dont on reparle dans les cafés du club-house. Un score qui claque comme une gifle: 6-0, 6-0. Un double bagel. Un match qui n’en fut jamais un. Et au milieu de la tempête, un homme perdu: Daniil Medvedev.
Opposé à un Matteo Berrettini pourtant redescendu au 90e rang mondial, le Russe, dixième joueur de la planète, a coulé sans comprendre, sans réagir, sans même s’offrir un jeu d’honneur. Le Masters 1000 disputé au Monte‑Carlo Country Club a déjà connu son lot d’exploits, mais rarement un tel effondrement.
Une disparition en direct
Dès les premières balles, quelque chose sonnait faux. Medvedev semblait jouer avec un fil invisible qui entravait son bras. Longueur approximative, amortis sans conviction, volées qui filaient dans les bâches… On aurait dit un mauvais jour d’entraînement, sauf que de l’autre côté du filet, Berrettini, lui, avait décidé d’être sérieux, compact, pragmatique.
Les chiffres feraient presque mal à lire. Vingt-sept fautes directes pour Medvedev, trois petits coups gagnants, seulement neuf points inscrits sur son service. Dix-sept points au total. Un joueur qui, à ce niveau, apparaît normalement comme un mur, un tractopelle, un métronome. Là, il ressemblait à une version débranchée de lui-même, nerveuse, cassant une raquette comme on jette un verre vide contre un mur.
Berrettini n’a pas eu besoin de jouer au héros. Huit coups gagnants, un jeu solide, et surtout la lucidité de laisser Medvedev creuser son propre trou. Jeu après jeu, bruit après bruit. Un 1-0 devient 2-0, puis 3-0, puis 4-0, sans que le moindre signe de révolte n’apparaisse. À 5-0, personne ne croyait encore au bagel. À 6-0, plus personne ne croyait au rebond.
Puis le scénario a redémarré. Pareil. Copié-collé. Comme si le Russe s’était perdu dans un labyrinthe dont il ne trouvait plus l’issue.
Un double bagel qui rappelle d’autres chutes
L’an passé déjà, le Rocher avait offert un double bagel à son public: Alex de Minaur contre Grigor Dimitrov. Cette fois, c’est encore un membre du top 10 qui tombe dans le piège. On n’avait plus vu ça depuis 2016, où Tomas Berdych s’était lui aussi pris une lourde correction face à David Goffin sur la terre romaine. Et si l’on remonte un peu plus, le spectre d’un autre fantôme plane: celui de Roger Federer, balayé par Gaston Gaudio au Masters de fin d’année 2005. Comme quoi, le tennis n’épargne personne, pas même les monuments.
Un contraste saisissant avec 2023
Ce qui intrigue le plus, c’est la rupture. L’an passé, Medvedev avait joué des matchs de gladiateur ici, arrachant des victoires épiques contre Karen Khachanov puis Alexandre Müller. Un joueur affûté, batailleur, capable de tordre les scripts. Rien à voir avec la version fantomatique de ce mercredi.
En face, Berrettini poursuit une reconstruction patiente, presque émouvante. Déjà victorieux de Alexander Zverev l’an dernier sur le même tournoi, l’Italien montre que son tennis n’a jamais disparu, qu’il attendait juste un corps disponible et un peu de confiance. Son prochain adversaire sera le vainqueur du duel opposant Arthur Rinderknech à Joao Fonseca. Une occasion en or de viser les quarts.
Et maintenant?
Pour Medvedev, ce double bagel restera une tache noire dans son CV. Une anomalie. Un avertissement. Le genre de match que les champions, les vrais, transforment en carburant. Pour Berrettini, c’est peut-être le début d’un vrai retour. Sur le Rocher, les histoires se réécrivent vite. Il suffit parfois d’un set. Parfois d’un match. Ce mercredi, il n’en a pas fallu beaucoup plus.


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